Gekiken

撃剣

Le site Gekiken (www.gekiken.org) présente différents éléments historiques, culturels et pratiques d’un chaînon important reliant l’ancien kenjutsu au Kendo d’avant-guerre, et par ce biais au sport compétitif qu’est le Kendo moderne. 


Je vais tâcher aujourd’hui de vous en présenter certains éléments, éléments qui devraient intéresser tous ceux qui cherchent à en savoir plus sur l’art du sabre japonais. 

Jusqu’au tout début de l’ère Edo, les duels au sabre afin de rendre compte de la supériorité d’un style (Ryuha) sur un autre étaient choses assez courantes. Que ces rencontres se fassent sous la forme d’un Shinken Shobu à armes réelles, ou bien d’un Bokuto Shiai en se servant de sabres de bois, elles engendraient beaucoup de morts. 


Il se développa donc au cours de l’ère Edo, une période de stabilité politique, et donc de paix, qui dura 200 ans, le Bogu Shinai Keiko Hoshiki, une pratique visant à permettre l’affrontement de sabreurs, de manière libre, en utilisant leurs styles uniques, de manière plus sécurisée en les dotant de la protection d’une armure et de la réplique d’un sabre occasionnant beaucoup moins de dégâts que l’original ou que sa version en bois. On équipa donc les sabreurs d’une armure protégeant le buste (Do), la tête (Men) et les avant-bras (Kote) ainsi que d’un sabre en bambou (Shinai). 


 A l’origine, le shinai était le Fukuroshinai, une tige de bambou fendu sur une partie de sa longueur et gainée d’un sac de cuir laqué. Le Fukuroshinai servait (et sert encore) par exemple dans l’entraînement de l’école Shinkage ryu. Il semble d’ailleurs que ce soit le fondateur de cette école, Kamiizumi, qui améliora l’objet afin de le rendre plus sûr. Malgré cela, une frappe à pleine puissance pouvait quand même entraîner de sévères blessures, la protection d’une armure se révélait donc nécessaire. 


Un assortiment de Fukuroshinai Cette dernière se composait d’un plastron rembourré, d’un casque muni d’une grille de métal et de gants épais, ces derniers possiblement inspirés des Onigote (« gantelets du démon« ) servant de manière habituelle dans les entraînements de l’école Itto ryu. 


Onigote Historiquement, c’est à Naganuma Shirozaemon Kunisato, du Jikishin kage ryu, qu’on attribue le mérite d’avoir introduit les protection de la tête et des avant-bras dans les années 1710. Au cours de 19ème siècle, l’école Jikishin kage ryu fut l’un des styles de kenjutsu les plus populaires dans l’est du Japon, en particulier dans la région d’Edo. Le développement et l’amélioration du shinai proviendrait des efforts de Nakanishi Chuta Tanesada, le fondateur de la branche Nakanishi de l’école Itto ryu.


 Sakakibara Kenkichi En 1870, Sakakibara Kenkichi, 14ème soke du Jikishin kage ryu créa le Gekikenkai afin de permettre à différents sabreurs de différents styles de s’affronter. Sakakibara (1829- 1894), que j’avais déjà évoqué dans cet article (Tanren d’un Koryu) fut l’un des plus célèbres escrimeurs de son temps. Il fut également garde du corps personnel du Shogun. Il eut des centaines d’élèves dont un bon nombre gagna le rang de Menkyo Kaiden. Takeda Sokaku, par exemple, étudia auprès de lui. 


 Très rapidement la méthode de Gekiken développé à Edo, devint populaire et se propagea à travers plusieurs styles. Même si cependant un certain nombre de styles d’importance tel le Katori Shinto ryu, le Jigen ryu, etc, n’adhérèrent pas à ce système pour des raisons fort variées. Un point important à garder à l’esprit est que, malgré sa popularité, le Gekiken n’était vu que comme un complément à la pratique classique (keiko), en aucun cas un but ou un aboutissement. Et en cela, on peut observer une différence fondamentale avec le Kendo.

L'héritage de Tamura sensei